Accueil / Culture / MARCHE AUX PUCES : LES BARONNIES DE SAINT-OUEN

MARCHE AUX PUCES : LES BARONNIES DE SAINT-OUEN

Bergère Louis XVI, armures japonaises de l’époque Edo et vaisselle de camping en mélanine des années 70, les Puces sont un lieu unique au monde où se croisent quatre millions de visiteurs par an.

« L’esprit des Puces tient en un seul mot diversité. C’est un joyeux mélange de « VIP » et de chalands venus de tous les horizons souligne Serge Malik patron du M.A.P. Mais comme « il ne faut pas laisser l’oubli vaincre la mémoire », il faut aussi que les vendeurs à la sauvette de la Porte Montmartre, appelés dans le jargon local biffins ou crocheteurs de lune, continuent à exister.  Il y a un vieux proverbe chinois qui dit : « que pour savoir où l’on va, il faut d’abord savoir d’où l’on vient ».  L’histoire commence avec de la débrouille.  Au XIXème siècle, les « pouilleux » chassés de Paris ont passés les fortifications pour s’installer ou ils pouvaient et continuer à vendre ce qu’ils chinaient dans les poubelles. Ils se bagarraient pour garder leur place et la création des marchés a répondu à un évident besoin de sédentarisation. Effets pervers, le système des marchés a créé des « Baronnies ». Vernaison, Biron, Serpette, Paul Bert, Dauphine etc. chacun a un fonctionnement particulier et différent de celui d’à côté. Les marchés sont à la fois complémentaires, mais aussi concurrents. Mais le marché aux Puces ne serait pas ce qu’il est sans ce mélange inimitable classé pour son atmosphère unique au monde avec ses petites ruelles qui inspirent tant les réalisateurs de cinéma ». Les puces c’est un « melting-pot » d’artistes, de designers, de décorateur, de biffins, d’antiquaires, de brocanteurs, de clients célèbres et d’amateurs éclairés. Il y a de la création et de l’innovation. Les nouvelles générations font bouger les lignes, en particulier les artisans d’art et les créateurs de mode.

Dernier arrivé, Philippe Starck. Le désigner, grand fan des Puces, a ouvert un restaurant au titre évocateur, « Ma Cocotte ». Et il ne s’agit pas, comme on pourrait le penser, de l’instrument de cuisine, mais du surnom amoureux qui désignent les filles, ma puce, mon lapin, ma biche, mon chou, ma poule, ma caille etc. « Ma cocotte n’est pas un restaurant, c’est un bol. Un bol de soupe bien chaude, un bol de café au lait fumant, un bol de thé parfumé, un bol de vin chaud enivrant… Ma cocotte, lors d’un beau matin d’hiver, c’est du feu, des bras accueillant pour vous réchauffer le cœur et le corps. » Philippe Starck perpétue la tradition du café bien chaud et de la tartine de pain beurré qui récompense le promeneur amateur après une bonne chine. Pilotée par les restaurateurs Philippe et Fabienne Amzalak et en cuisine le chef Yannick Papin, ma cocotte est un restaurant de 250 couverts, répartis entre un loft d’esprit industriel et deux terrasses situées sur les marchés Serpette et Paul Bert.

Au Puces, il y a une identité culturelle très forte qui s’intègre totalement dans le paysage. Les restaurants et la musique manouche sont l’âme des puces. Louisette dans le marché Vernaison et La Chope des Puces au 122 rue des Rosiers. Le plus ancien le Picolo au 128 rue Jules Vallès et Le Paul Bert qui est le café des peoples. Il existe même un bruit qui prétend que les bobos de gauche vont au premier et que les peoples de droite aiment le second. Le restaurant touristique par excellence c’est Louisette.  Chanteuse de gouaille, odeur de frites, chaleur et le serveur qui vous tape sur l’épaule, les étrangers ont l’impression, d’ailleurs légitime, d’être dans un vrai coin de France.  Visiter les marchés c’est aussi faire une balade au sein de l’histoire de l’art, de la musique, de la littérature etc.  « Les fripiers qui font partie de l’identité des puces sont les héritiers directs des chiffonniers. Aujourd’hui ils ont été remplacés par des boutiques de vêtements vintage. Dans le marché Malik il n’y a plus de fripes et plus rien d’ancien.  Je dis ça avec une certaine nostalgie souligne Serge Malik, mon grand-père signait ces baux avec la mention « interdiction de vendre du neuf ». Maintenant c’est plutôt interdiction de vendre de l’ancien, le processus s’est inversé. Aujourd’hui on trouve des vêtements et des accessoires des années 20 aux années 80 plutôt dans les marchés d’antiquités qui on finit par accepter de les accueillir. Le vintage et les métiers d’art redonnent un nouveau souffle au Puces.  Quant à l’avenir, comme je ne suis pas fakir, Je ne sais pas ce que l’on collectionnera demain.  L’engouement pour tel ou tel meubles, bibelots ou époque est un phénomène de mode. Soudainement et sans raison apparente les acheteurs sont « addict » à des objets qu’ils n’auraient jamais pensés à collectionner auparavant ».

Des chiffres qui donnent le tournis : 4 millions de visiteurs visitent les Puces tous les ans dont 20% d’étrangers. La surface de l’ensemble est de 7 hectares. Il y a deux mille commerçants en comptant les non sédentaires. Les marchés sont tous dans la rue des Rosiers, sauf le marché Jules Vallès, et il a environ 300 commerçants par marché. Les Puces de Saint Ouen est l’un des 10 sites touristiques les plus visités de France et le site www.marchésauxpuces.com reçoit 300.000 visiteurs par an dont 40% d’étrangers.  En 2012 les Puces ont accueilli Georges Lucas, Woody Allen, Leny Kravitz, Lionel Ritchie, Mireille Darc, Pierce Brosnan, Julia Roberts, Madonna, Uman Thurmann, Gérard Depardieu, Whoopi Goldberg etc. Et la liste n’est pas exhaustive.

Marché Vernaison « MEMENTO » Allée 4 stand 77. Une plongée dans les objets du quotidien des années 40 aux années 70 dans cette brocante rétro qui propose du petit mobilier, de la vaisselle et des luminaires à des prix abordables de 20 à 300 euros.

Marché Paul Bert « LA GALERIE ALEXANDRE GUILLEMAIN ». Guy Paulin, Arne Jacobsen, Oscar Niemeyer, Takis, Marta Pan, Pierre Szekely etc.  Un spécialiste du Design et du mobilier d’artistes des années 40 à nos jours. On y croise souvent des pièces d’exceptions. Allée 6 stand 85

Marché Dauphine. « FALBALAS ». Une boutique pleine de charme et une sélection de vêtements vintage du XVIIIième siècle aux années 70. A noter les créations de chaussures : bottines 1900 et Salomés des années 30 refaites à l’identique par un bottier. Stand 284 et 285

Marché Malassis « LA COLLECTIONNITE » RDC Stand n°5. Jouets anciens, en état d’origine de 1850 à 1950. Avions, bateaux, figurines en bois, armée de robots en tôle etc. c’est le royaume de tous ceux qui ont gardés une âme d’enfant.

 

 

A propos de Laurence Mamy

Laurence Mamy, experte ès mode est spécialiste des tendances. Formée au Studio Berçot, elle a commencé sa carrière comme pigiste pour le magazine Dépêche Mode et à Télérama. Elle a dirigée de 1988 à 1997, la Galerie de Paris, une galerie d’art contemporain. Elle est actuellement pigiste.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Required fields are marked *

*

Scroll To Top