Herbier de sorcières

Tradition perdue, les « citado-jardiniers » ne connaissent plus les dangers des végétaux qui poussent dans les prés. Les risques sont multiples : gastro-entérite, dermite, cloques etc. Sans oublier quelques belles tueuses comme le capuchon des moines, le tue-chien ou l’if. Une révision s’impose.

Dans les annales de l’espionnage, le poison tient une place de choix avec en 1978, le coup du parapluie bulgare, une agression rocambolesque destinée à éliminer Georgi Markov, un écrivain et opposant au régime. Piqué au mollet, à l’arrêt d’un bus londonien, par la pointe d’un parapluie rempli de ricine, une substance mortelle, il mourra en quelques jours. Fort heureusement, ces méthodes barbares font le plus souvent partie de la panoplie des romans policiers, où les empoisonneuses sont de vieilles demoiselles 100 % british qui complotent pour éliminer leur voisin. Mais où trouvent-elles les ingrédients destinés à leur potion mortelle ? Dans le jardin qu’elles cultivent avec amour bien sûr. Leurs armes, le thé aux feuilles de rhododendron ou le gâteau mélangeant chocolat et fleurs de digitales. Dans la nature, le danger est réel, surtout pour les enfants en dessous de 5 ans, mais les adultes risquent aussi de multiples désagréments : maux de tête, gastro-entérites, vertiges, cloques dermites, démangeaisons etc. Pour repousser leurs agresseurs, certaines plantes secrètent des substances toxiques. On ne connaît pas, pour la plupart d’entre elles, l’effet que ces principes dangereux ont sur les plantes elles-mêmes, note Jean Bruneton, professeur à la faculté de pharmacie d’Angers.

Les exemples sont nombreux de végétaux qui dans la nature utilisent des systèmes de défense très sophistiqués. Les uns sécrètent des substances qui empêchent les autres de les « boulotter. » L’écorce des marronniers, des chênes ou des ormes, contient du tanin, un puissant anti-nutritif qui les protège de la prolifération des champignons. Les bouleaux ont un système encore plus astucieux pour défendre leurs bois. Ils concentrent le maximum de toxine en bas de leurs troncs, et plus on monte et moins il y en a. Une solution idéale pour empêcher d’éventuels prédateurs de les grignoter. Le jeu entre les animaux et les plantes est constant, chacun tentant de prendre l’avantage. La chaîne est complexe. La faune s’habitue aux toxines des plantes qu’elle absorbe régulièrement. Certains papillons peuvent butiner sans problème une « fleur empoisonnée » à laquelle ils sont habitués. Mais gare aux oiseaux qui mangeront ces papillons, ils n’auront pas la même chance, les toxines contenues dans la fleur les tueront. Dans la nature, « on peut observer que les poisons se trouvent généralement dans les graines et pas dans les fruits. C’est une façon de protéger la reproduction en offrant gracieusement ce qui est censé attirer le chaland », souligne Jean Bruneton. Il y a une interaction entre les plantes et les plantes mais aussi entre les plantes et les animaux, chacun cherchant à conserver et à étendre son territoire. C’est la bataille pour la vie qui incite par exemple le lierre habituellement non toxique à le devenir en cas d’attaque et pour se défendre, les animaux ne possèdent pas un sixième sens qui les aiderait à détecter les plantes tueuses.« En ce qui nous concerne, observe Jean Bruneton heureusement que nous sommes omnivores et non pas herbivores, sinon nous aurions sûrement une foule de problèmes pour arriver à manger ».

Omelette à l’ail des ours

Dans les centres anti-poison, 5 % des appels concernent des plantes et dans 85 % des cas pour des enfants de moins de 5 ans. La cueillette en famille est une des raisons majeures des intoxications. Il peut s’agir d’une grand-mère qui a pris une coloquinte, dont certaines variétés portent le nom évocateur de griffes du diable, pour un concombre. Mais les appels les plus courants concernent tous ceux qui se trompent en ramassant des champignons. Le rayon des plantes fatales est assez réduit. Il en existe pourtant de particulièrement dangereuses comme l’if dans lequel toutes les parties de l’arbre sont mortelles, les racines, les feuilles, l’écorce, ainsi que la graine située au centre du fruit, quelques grammes suffisent à provoquer la mort d’un cheval. De manière générale, la plupart des baies toxiques ne provoqueront que des troubles digestifs types diarrhées, des convulsions ou de la fièvre. Toutefois quelques espèces sont à ranger dans la série des plantes tueuses : l’arum, le camérisier, le chèvrefeuille, le redoul et la morelle douce amère et sa camarade la morelle noire. Sans oublier la belladone qui présente une ressemblance frappante avec la myrtille ou le cassis. Elle est mortelle à très faible dose, 5 baies pour un enfant, le double chez un adulte. Il faut même se méfier de la chair des animaux qui la consomment comme les lapins, les escargots ou les oiseaux.

Il est inutile de tenter le diable ajoute Jean Bruneton, c’est une simple question de bon sens, il y a des « toxiques » qu’il faut absolument chasser de son jardin : Les aconits avec plus de 400 espèces en Europe, les digitales dont le nom de certaines variétés comme les gants de sorcière ne laisse présager rien de bon. Les colchiques qui elles aussi sont mortelles, il suffit tout simplement d’avaler 100 Grs de feuille ou 50 Grs de fleurs, de graines ou de bulbes et les superbes digitales, reines de la montagne et des jardins romantiques. Les dangers du laurier rose sont plus connus du grand public, 100 grammes de feuilles suffisent pour terrasser un bœuf, mais ces feuilles sont si coriaces à mâcher que très peu d’enfant essaie d’y goûter. Plus sournoise les feuilles de cytise ressemblent beaucoup à des haricots et les petits essaient souvent de les utiliser pour jouer à la dînette.
Le retour du naturel incite les promeneurs à ramasser des plantes dans la nature, une mode qui n’a pas que des avantages. L’ail sauvage appelé ail des ours peut être confondu très facilement avec une variété particulièrement toxique d’Arum. Pour être en sécurité, il faut tout simplement faire preuve de bon sens. Pas question de mâchonner ni de mettrent dans sa bouche sous prétexte que cela pousse de manière naturelle des feuilles ou des baies que l’on croit connaître. Et il est plus prudent de manière générale de ne pas accommoder des plantes sauvages.

L’histoire est riche d’intoxication qui ont décimé tout ou partie d’un village. Pas question non plus de fabriquer ses propres tisanes. En dehors du jardin, il ne faut pas négliger la toxicité des plantes qui se retrouve dans des appartements. Si l’ont des enfants en bas âge, il est recommandé de bannir la Dieffenbachia. C’est une plante vénéneuse dont toutes les parties sont toxiques pour les humains mais aussi pour les animaux. Sa sève attaque les muqueuses, elle est dangereuse pour les yeux et peut provoquer des œdèmes, des ulcérations des lèvres et de la langue sans oublier des effets paralysants sur le larynx. Pour autant, les chiffres des intoxications mortels sont plutôt rassurants. Entre le mois de mai et le mois de septembre, les centres anti-poisons enregistrent 750 cas d’empoisonnement avec des effets indésirables de type digestifs, buccaux ou cutanés causés par des plantes de jardin et moins de trois cas mortels. Les victimes sont presque toujours de jeunes enfants. Pas question de tomber dans la paranoïa, il faut simplement connaître la nature et transmettre ce savoir à nos enfants.

A potasser, le livre de François Couplan et Aymeric Lazarin pour apprendre à connaitre, mais surtout à reconnaitre, les plantes toxiques. Bien souvent venues de pays lointains, elles se sont largement installées dans nos habitations. Un ouvrage indispensable, à lire avant de recevoir des enfants en bas âge pour des vacances sans risques.
-Plantes d’appartement toxiques aux Editions Sang de la Terre

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